Réduction modeste des événements cardiovasculaires avec l'anacétrapib ajouté à une statine

Publié le mardi 29 août 2017

(Par François BOISSIER, au congrès de l'ESC)

BARCELONE, 29 août 2017 (APMnews) - L'inhibiteur de la cholestéryl ester transfer protein (CETP) anacétrapib (Merck & Co), ajouté à un traitement hypolipémiant par statine, a permis de diminuer de façon relativement modeste le risque d'événement cardiovasculaire, dans l'étude REVEAL dont les résultats ont été présentés mardi au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC), et sont publiés par le New England Journal of Médicine (NEJM).

L'avenir de ce produit n'est pas encore clair, le laboratoire indiquant dans un communiqué mardi qu'il "analyse les résultats de l'essai avec des experts externes et examinera la possibilité de déposer des demandes d'autorisation de mise sur le marché (AMM)".

La firme met en avant dans son communiqué l'observation d'une accumulation du produit dans le tissu adipeux des patients, ce qui pourrait susciter des inquiétudes sur sa sécurité à long terme -bien que dans l'étude, avec 4 ans de suivi, aucune complication ne soit apparue.

Il s'agit du premier inhibiteur de la CETP à démontrer une efficacité, cette classe de médicaments ayant subi des déboires dans le passé, rappelle-t-on. Le premier, le torcétrapib, avait augmenté le risque d'événement cardiovasculaire au lieu de le diminuer, probablement en raison d'une légère hausse de la pression artérielle. Puis le dalcétrapib et l'évacétrapib avaient donné un résultat neutre, sans apporter de bénéfice.

Les inhibiteurs de la CETP, sur lesquels de grands espoirs avaient été fondés, étaient basés sur l'hypothèse qu'une augmentation du HDL-cholestérol, le "bon cholestérol", apporterait un bénéfice en termes de prévention cardiovasculaire.

Une hypothèse qui ne s'est pas concrétisée dans les études précédentes. Et même dans REVEAL, selon le principal investigateur de l'étude, Martin Landray de l'université d'Oxford (Royaume-Uni), le bénéfice observé serait lié à la baisse -modérée- du LDL-cholestérol obtenue avec l'anacétrapib et non à son effet sur le HDL.

L'étude a inclus 30.449 patients de 50 ans et plus présentant une maladie vasculaire occlusive (ils avaient majoritairement une maladie coronaire), déjà sous atorvastatine et dont la cholestérolémie était bien contrôlée puisque le taux moyen de LDL-C était de 0,6 g/l. Leur HDL-C était peu élevé (0,4 g/l en médiane).

Baisse de 9%

Après 4,1 ans de suivi, le risque de décès coronaire, d'infarctus du myocarde et de revascularisation coronaire a été diminué de 9% par l'anacétrapib: 10,8% des patients ont eu un événement contre 11,8% avec le placebo.
Les différents composants de ce critère étaient diminués de façon similaire. Par ailleurs, l'anacétrapib n'a eu aucun effet sur les événements cérébrovasculaires.

Le chercheur a souligné le fait que l'anacétrapib n'a commencé à montrer un effet qu'après 2 ans de traitement. Durant les 2 premières années, les courbes étaient superposables. Il a rappelé qu'il y a également un délai avant qu'un traitement par statine commence à montrer un bénéfice, mais qui est plus court.

Il a aussi noté que les études sur le dalcétrapib et l'évacétrapib avaient été arrêtées pour inefficacité au bout de 2 ans de suivi. Peut-être ont-elles été arrêtées avant qu'un effet ne puisse être visible.

Au niveau biologique, l'ajout de l'anacétrapib a entraîné un doublement du taux de HDL-cholestérol (+0,43 g/l) et une diminution de 0,26 g/l du LDL-cholestérol.

Un bénéfice lié uniquement à l'effet sur le LDL et pas sur le HDL?

Pour expliquer son hypothèse que l'effet clinique de l'anacétrapib serait essentiellement dû à son effet sur le LDL-cholestérol, Bryan Landray a présenté une courbe basée sur des études antérieures. Avec les autres hypocholestérolémiants, il y une relation linéaire entre le niveau de baisse du LDL et le niveau de baisse des événements cardiovasculaires.

Les résultats de REVEAL se placent sur la même ligne: la baisse de 9% correspondait à ce qui était attendu avec la baisse modeste du LDL-C obtenue, comme si l'effet du doublement du taux de HDL-C n'avait pas eu d'impact.

Par ailleurs, il a noté que l'anacétrapib n'avait pas eu d'effet délétère ni sur la mortalité quelle qu'en soit la cause, ni sur le risque de cancer, la fonction hépatique, les muscles...

Une légère baisse de risque de diabète a été constatée, qui était inattendue et est statistiquement significative, mais qui reste très modeste: un diabète s'est développé chez 5,3% des patients avec l'inhibiteur de la CETP contre chez 6% des contrôles. En revanche, il y a eu un peu plus de patients dont la fonction rénale est passée en dessous de 60 ml/min/1,73m2 (11,5% contre 10,6%).

Source : APM International

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