Maladie coronaire stable et artériopathie périphérique: ajouter le rivaroxaban à l'aspirine améliore la prévention

Publié le lundi 28 août 2017

(Par François BOISSIER, au congrès de l'ESC)

BARCELONE, 28 août 2017 (APMnews) - Ajouter l'anticoagulant oral direct (AOD) rivaroxaban (Xarelto*, Bayer) à l'aspirine en traitement antithrombotique améliore la prévention des événements cardiovasculaires chez les patients présentant une maladie coronaire stable ou une artériopathie périphérique, montre l'étude COMPASS dont les résultats ont été présentés dimanche au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) à Barcelone.

Ces résultats ont été considérés comme "une étape importante en thrombocardiologie" qui devrait conduire à "des modifications des guidelines", par le Pr Eugene Braunwald du Brigham & Women's Hospital à Boston, l'un des plus grands spécialistes de cardiologie, invité à commenter l'étude après sa présentation.

Si une bithérapie anti-agrégante est recommandée chez les patients ayant eu un événement coronaire aigu, pour ceux qui sont stables, c'est généralement l'aspirine seule qui est donnée. Or, celle-ci n'a qu'un bénéfice modéré, diminuant de seulement 19% le risque cardiovasculaire, a rappelé John Eikelboom de l'université d'Hamilton au Canada en présentant ces résultats lors d'une session HotLine.

L'anticoagulant oral warfarine, seul ou associé à l'aspirine, a montré une efficacité supérieure mais elle est associée à un taux plus élevé de saignements, notamment d'hémorragies cérébrales. Le rivaroxaban est plus sûr que la warfarine au niveau cérébral et dans l'étude ATLAS 2-TIMI 51 dans les syndromes coronaires aigus, son association avec l'aspirine a diminué la mortalité, a-t-il rappelé.

Dans l'étude COMPASS, chez 27.395 patients présentant une maladie coronaire stable (90% des patients inclus) et/ou une artériopathie périphérique (27%), le rivaroxaban seul ou associé à l'aspirine (à dose 2 fois moindre dans ce cas) a été comparé à l'aspirine seule.

L'étude a été arrêtée avant son terme par le comité de surveillance de l'étude, en raison de résultats positifs, après un suivi moyen de 23 mois.

Le taux de décès cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux (AVC) et infarctus du myocarde a en effet été diminué très significativement de 24% avec l'association rivaroxaban-aspirine, par rapport à l'aspirine seule.

Ces événements sont survenus chez 4,1% des patients avec l'association contre 5,4% avec l'aspirine (le rivaroxaban seul a diminué le risque de seulement 10%, ce qui n'était pas significatif).

Tous les composants de ce critère d'efficacité étaient diminués avec l'association: les décès cardiovasculaires ont été réduits de 22%, les AVC de 42% et les infarctus plus modestement, de 14% (non significatif).

Les chercheurs se sont évidemment intéressés de près au risque de saignements. Ils ont observé une augmentation des saignements majeurs avec l'association rivaroxaban-aspirine: 3,1% contre 1,9%, soit une élévation de 70%.

Toutefois, le chercheur a mis en avant le fait que les saignements fatals, les hémorragies intracrâniennes et les saignements impliquant un organe critique n'étaient pas significativement augmentés.

Et le bénéfice net, critère incluant à la fois les événements cardiovasculaires et les saignements les plus graves, était en faveur de l'association: 4,7% contre 5,9%, soit une baisse de risque de 20%, statistiquement significative.

Diminution des conséquences de l'artériopathie sur les membres inférieurs

Cette présentation a été suivie d'une deuxième sur la même étude. Sonia Anand de l'université d'Hamilton s'est intéressée spécifiquement au sous-groupe des 7.470 patients qui présentaient une artériopathie périphérique.

L'association rivaroxaban-aspirine a diminué de 28% le risque d'événement majeur touchant les membres inférieurs (amputation, revascularisation...): 5,1% contre 6,9%.

Le risque d'amputation majeure était diminué de 70%: 0,2% contre 0,7%.

Et le risque cumulé d'événements cardiovasculaires ou touchant les membres inférieurs était diminué de 53%, avec là aussi un bénéfice net (quand on inclut les saignements) significatif, a-t-elle précisé.

Dans un communiqué, Bayer se félicite des résultats de cette étude, "la première de ce type: aucun autre AOD n'a été évalué dans cette population". Le niveau de l'effet observé "montre clairement le bénéfice que le rivaroxaban pourrait apporter aux patients" et le laboratoire "travaille maintenant avec les autorités pour faire en sorte que cette option de traitement soit disponible pour les patients le plus tôt possible".

Source : APM International

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