Chirurgie cardiaque : moins de complications cardiaques si elle est faite l'après-midi

Mis à jour le vendredi 3 novembre 2017
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PARIS, LONDRES, 27 octobre 2017 (APMnews) - Le risque de complications cardiaques après une chirurgie cardiaque est plus faible lorsque l'intervention est réalisée l'après-midi plutôt que le matin, selon une étude française publiée dans The Lancet vendredi, qui ouvre en outre une nouvelle voie thérapeutique dans la prise en charge des pathologies cardiaques ischémiques.

La chirurgie cardiaque est associée à des lésions d'ischémie-reperfusion du muscle cardiaque. Or la physiologie cardiovasculaire est soumise au rythme circadien, et on sait que le risque de survenue d'un infarctus ou d'un accident vasculaire cérébral est plus élevé en fin de nuit ou au petit matin. D'où l'hypothèse que le coeur pourrait être plus ou moins sensible à certains stress, substances toxiques ou médicaments selon le moment du cycle circadien.

David Montaigne de l'université de Lille et ses collègues ont étudié l'incidence des évènements cardiaques indésirables majeurs au sein d'une cohorte de 596 patients, appariés en fonction d'un score de propension, opérés pour un remplacement de valve aortique, le matin ou l'après-midi.

Au cours des 500 jours ayant suivi l'intervention chirurgicale, le risque d'évènements cardiaques indésirables majeurs était divisé par 2 dans le groupe opéré l'après-midi par rapport à celui opéré le matin.

Les chercheurs ont également réalisé une étude randomisée auprès de 88 patients, opérés le matin ou l'après-midi. Le degré de lésion myocardique peropératoire était mesuré par l'aire sous la courbe de la libération de troponine T cardiaque peropératoire. Cette aire sous la courbe était significativement plus basse dans le groupe opéré l'après-midi (179 ng/L) que dans celui opéré le matin (225 ng/mL).

Par ailleurs, dans leurs expériences ex-vivo sur le myocarde humain, ils ont constaté une variation intrinsèque de la tolérance à l'hypoxie-réoxygénation entre le matin et l'après-midi. Cette variation était concomitante d'altérations transcriptionnelles dans l'expression circadienne du gène du récepteur nucléaire Rev-Erb-alpha, celle-ci étant plus élevée le matin.

Les chercheurs ont alors travaillé sur un modèle de lésion myocardique liée à l'hypoxie-réoxygénation chez la souris, et ont constaté que l'annulation de l'expression du gène Rev-Erb-alpha, ou l'administration d'un antagoniste de ce récepteur, était associée à une réduction de la lésion myocardique au moment de la transition sommeil-veille.

"Ces découvertes majeures ouvrent une nouvelle voie thérapeutique dans la prise en charge des pathologies pour lesquelles l'ischémie du muscle cardiaque est centrale (angine de poitrine et infarctus du myocarde) mais également dans les situations où une ischémie myocardique est imposée par la thérapeutique elle-même, i.e. arrêt du coeur durant les chirurgies cardiaques et le transport du greffon avant transplantation cardiaque", indique un communiqué commun de l'Institut Pasteur de Lille, le CHU de Lille, l'université de Lille et l'Inserm.

Cette étude "peut déjà avoir certaines implications dans la pratique. Avant même que des médicaments soient disponibles pour réguler l'horloge circadienne, on peut proposer que les patients à haut risque soient préférentiellement opérés l'après-midi", suggère le Pr Michel Ovize (hôpital Louis Pradel, Lyon) dans un commentaire accompagnant l'article.
(The Lancet, publication en ligne du 26 octobre)

 

Source : APM International

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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