Effets de l’ibuprofen, naproxen et celecoxib sur la pression artérielle : l’étude PRECISION-ABPM

Mis à jour le vendredi 1 septembre 2017
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Olivier Auzel
Une analyse proposée par Olivier Auzel - CCA de Cardiologie - CHU Ambroise Paré - Boulogne Billancourt

 

Congrès ESC 2017 - ESC Congress 2017

The PRECISION-ABPM (Prospective Randomized Evaluation of Celecoxib Integrated Safety versus Ibuprofen or Naproxen Ambulatory Blood Pressure Measurement)

Contexte

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qu’ils soient sélectifs ou non sélectifs de l’inhibition de la Cyclo-oxygénase-2 (Cox-2), sont parmi les médicaments les plus prescrits sur la planète. Récemment, la Food and Drug Administration (FDA) a émis plusieurs alarmes concernant leur prescription devant le potentiel risque cardiovasculaire qu’ils engendrent alors que plus de 30 millions d’Américains utilisent quotidiennement cette classe thérapeutique, très majoritairement pour l’arthrose. Plusieurs études récentes ont montré qu’il existait une association forte entre la prescription de cette classe thérapeutique, une élévation de la pression artérielle (PA) et la survenue d’évènements cardiovasculaires.

Une étude récemment publiée, PRECISION, comparant les trois principaux AINS prescrits dans l’arthrose et les rhumatismes, montrait des profils de tolérance différents en termes de risque cardiovasculaire. L’étude PRECISION-ABPM est une sous-étude de PRECISION, conduite de manière multicentrique (60 sites différents), afin de déterminer l’effet comparé du Celecoxib (inhibiteur sélectif de la COX-2) et des AINS non sélectifs (Ibuprofen et Naproxen) sur l’élévation ambulatoire de la PA.

Design de l’étude

PRECISION-ABPM est une sous-étude de PRECISION, randomisée, multicentrique, en double aveugle, de non infériorité conduite chez des patients atteints d’arthrose et de rhumatisme articulaire qui étaient considérés comme à haut risque cardiovasculaire.

Traitement reçus par les patients et mesure de la PA

Selon la randomisation, les patients recevaient : 100 mg de Celecoxib en deux fois par jour, 600mg d’Ibuprofen en trois fois par jour ou bien 375 mg de Naproxen en deux prises par jour. Les médecins étaient autorisés à augmenter les doses en cas de non contrôle de la douleur.
La PA était mesurée de manière ambulatoire selon les recommandations classiques.

Objectifs de l’étude

Le critère de jugement principal était une modification de la moyenne de PA systolique/ 24h à 4 mois. Les critères de jugements secondaires étaient essentiellement une modification de la PA systolique moyenne sur 24h au 2e mois ainsi qu’une modification de la PA diastolique moyenne sur 24h au 2e et 4e mois. Par ailleurs, une analyse d’un critère composite d’évènement cardiovasculaire a été analysée.

Résultats

La population de l’étude comprend 545 patients enrôlés dans les 60 centres entre septembre 2008 et mars 2013. L’analyse statistique s’est faite sur 444 patients : 146 dans le groupe Celecoxib, 147 dans le groupe Naproxen et 151 dans le groupe Ibuprofen. Les groupes étaient similaires sur les caractéristiques à baseline. Quatre-vingt-quatre pourcents des patients ont poursuivi l’étude jusqu’à son terme (4e mois).

Les résultats du critère de jugement primaire sont décrits dans la figure ci-dessous : la courbe de PA ambulatoire moyenne au cours des 4 mois de suivi avec une augmentation de la courbe de PA moyenne dans le groupe Ibuprofen (p value pour PA moyenne < 0,01). Il n’est pas décrit de différence significative pour le Celecoxib et pour le Naproxen (p value 0,801 et 0,117 respectivement).

 
Les courbes représentent la PA systolique moyenne mesurée (avec la médiane, ainsi que le 1er et 3e quartile) entre J0 et M4.
La PA diastolique moyenne (critère secondaire) était aussi significativement plus élevé dans le groupe Ibuprofen comme montré dans la figure suivante :

Discussion

Dans l’étude PRECISION-ABPM, l’utilisation d’AINS non sélectif comme l’Ibuprofen augmente la PA systolique ambulatoire par rapport aux patients traités par Celecoxib. Les auteurs font le lien entre cette augmentation de pression artérielle et le risque cardio et cérébrovasculaire. L’utilisation de l’Ibuprofen chez ces patients traités de manière chronique, pourrait, au long cours, les exposer à des évènements cardiovasculaires. Ces éléments sont concordants avec ceux de l’étude PRECISION, montrant que ces patients sous Ibuprofen développent plus d’accidents cardiovasculaires et rénaux. Plusieurs hypothèses sont avancées dans la littérature et par les auteurs, notamment l’effet direct des AINS sur les plaquettes et les cellules endothéliales.

Plusieurs limites sont exposées par les auteurs. La dose limitée à 200 mg pour le Celecoxib a pu jouer à son avantage dans l’analyse finale. De plus, il semblerait qu’une partie des patients n’aient pas poursuivi l’étude pour une efficacité limitée sur les douleurs du Celecoxib par rapport aux deux autres produits.

Cette étude démontre, selon les auteurs, un effet différents selon la classe d’anti-inflammatoire sur la mesure de la PA systolique ambulatoire. Les cliniciens doivent prendre en compte le risque, non plus uniquement digestif, mais aussi cardiovasculaire, lors de leurs prescriptions notamment d’Ibuprofen.

Critique de l’étude

Est-ce que l’effet des AINS sur la pression artérielle systolique joue un rôle dans le risque cardiovasculaire ? C’est ici la vraie question que cette étude soulève. Les études épidémiologiques suggèrent que des faibles modifications de la PA jouent un rôle dans l’augmentation du risque cardiovasculaire. Les études cliniques montrent aussi qu’une réduction, même faible de la PA réduit de manière significative le risque cardiovasculaire. Mais le faible nombre d’évènement au cours du suivi ne nous donne ici qu’une réponse partielle à cette question.

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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